Position des DéFI Jeunes sur le projet de la mégaprison de Bruxelles.

La « plate-forme pour sortir du désastre carcéral » a interrogé les jeunesses politiques concernant le projet de mégaprison à Haren. Vous trouverez ci-dessous les réponses de notre Président Jérôme De Mot aux questions posées par cette association.

  1. Selon vous, quel serait l’impact de ce projet de mégaprison sur le fonctionnement de la Justice?

Il semble prévu que des audiences de la Chambre du conseil et de la Chambre des mises en accusation se tiennent au sein de la mégaprison de Haren. C’est la mauvaise voie à suivre. C’est au justiciable de venir dans un lieu indépendant (le Palais de Justice). La prison n’est pas le lieu pour les audiences de justice ! A Haren, ce n’est plus seulement la conception de la prison qui est problématique, c’est aussi l’impact que cela pourrait avoir sur la façon de rendre la justice.

 

  1. Selon vous, quel serait l’impact de ce projet de mégaprison sur la surpopulation carcérale?

Actuellement les prisons de Forest et de Saint-Gilles accueillent 1419 détenus alors qu’ils ne disposent de places que pour 1.048 détenus. La surpopulation carcérale est donc de 35% ! La mégaprison de Haren prévoit 1190 places. Il ne s’agit donc pas d’une réponse à la surpopulation carcérale.

 

  1. Selon vous, quel serait l’impact de ce projet de mégaprison sur les conditions des détenus et de leurs familles ?

Les difficultés d’accessibilité du site poseront des problèmes tant pour les magistrats et les avocats que pour les détenus et leurs familles. Ex. un avocat qui doit consulter un dossier au palais de justice pour un détenu n’aura peut-être plus l’occasion de lui rendre visite la veille de l’audience. Les familles des détenus pourraient aussi espacer leurs visites dans ce lieu est mal desservi par les transports en commun.

Les détenus et leurs familles attendent surtout une réponse à l’absence évidente de programme de réinsertion et de suivi qui permettraient de construire un projet permettant aux détenus de renouer avec la société à la sortie de prison. Le projet de mégaprison ne répond pas à cette problématique.

 

  1. Selon vous, quel serait l’impact de ce projet de mégaprison sur la mobilité à Bruxelles ?

Le site du Keelbeek se situe à 15 km de la place Poelaert contre 2,5 km pour les prisons de Saint-Gilles et de Forest. Le nombre de kilomètres parcourus par jour par les avocats et les magistrats (sans compter le transfert des détenus) passera de près de 400 km par jour actuellement à près de 2000 km par jour. Lorsque l’on connaît les problèmes de circulation actuels à Bruxelles, convient-il vraiment d’allonger le parcours dans la ville des avocats et des magistrats ? Cela ne fera qu’augmenter les problèmes de mobilité à Bruxelles et cela fera perdre du temps à tout le monde.

Qui plus est, l’accessibilité du site accentuera de manière significative l’engorgement du Ring. La prison de Haren devrait être finalisée en même temps que d’autres projets importants générateurs de trafic (le futur stade de football, Uplace, le déménagement de l’OTAN, le projet Neo). À noter que le projet obligera les riverains à ajouter plusieurs kilomètres à leur parcours quotidien pour contourner la prison.

 

  1. Selon vous, quel serait l’impact de ce projet de mégaprison sur la biodiversité à Bruxelles?

Il est question de détruire 19 ha de terre arable et d’abattre plus de 300 arbres ! Ce terrain constitue un espace public semi-rural indispensable à l’environnement urbain de Bruxelles. Cette zone verte abrite une biodiversité exceptionnelle, tant pour la faune que pour la flore. Les 19 hectares de terres du Keelbeek jouent un rôle d’absorption de l’eau et de régulation thermique. Le Keelbeek est l’un des derniers endroits à Bruxelles où il y a encore des terres agricoles cultivables.

 

  1. Selon vous, quel serait l’impact de ce projet de mégaprison sur Haren ?

En implantant la mégaprison de Haren, les visiteurs, les avocats, le personnel, les habitants vont chercher des routes alternatives à la chaussée de Haecht déjà engorgée. Le « village » de Haren, qui n’est pas fait pour absorber du trafic de transit, va être noyé par le flot des voitures. Les riverains seront encore plus enclavés dans un espace barré d’un côté par le site d’Infrabel, de l’autre par le dépôt de la STIB, le site de l’OTAN et les voies ferrées. La future prison enlèvera le dernier espace respirable dans le quartier. Le Keelbeek est encore aujourd’hui une zone de promenade, de jeux et de rencontres pour les Harenois.

 

  1. Selon vous, quel serait l’impact de ce projet de mégaprison sur les finances publiques ?

Il est prévu de dépenser 53 millions d’euros pour l’acquisition du terrain et 330 millions d’euros pour la construction. C’est énorme. Les coûts d’entretien, d’exploitation et de fonctionnement de la prison projetée sur le site de Haren et pour une durée minimale de vingt-cinq ans restent inconnus ! La Cour des comptes a été à ce jour incapable de chiffrer le coût de ce Master Plan. C’est troublant, lorsqu’on connaît la situation des finances publiques, de se lancer dans un programme de minimum 300 millions d’euros sans en connaître le montant exact.

 

  1. En regard de vos réponses aux questions ci-dessus, pensez-vous que ce projet de mégaprison est un bon projet ?

Les missions essentielles de la justice souffrent de restrictions budgétaires fédérales. Le sous-financement chronique de la justice (l’un des trois pouvoirs essentiels de notre démocratie !) est dramatique. Ce n’est pas sans conséquences dans la vie quotidienne des magistrats et des justiciables. Investir plus de 300 millions d’euros dans une nouvelle mégaprison n’est pas la priorité.

Les moyens prévus pour la mégaprison de Haren devraient, selon les DéFI Jeunes, être réorientés et investis dans les secteurs qui s’occupent de l’aide psychosociale, de la santé, de la formation, du sport, de la culture dans nos prisons actuelles.

Jérôme De Mot

Président des Jeunes Démocrates Fédéralistes Indépendants.